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Pornichet, Graphéine et l'art du détail : une identité de destination à disséquer

  • 14 juil.
  • 4 min de lecture

Une typo maison bourrée d'alternates, un blason de 1912 remis au goût du jour, un rouge qui tourne le dos au bleu obligatoire des stations balnéaires : la nouvelle identité de Pornichet, signée Graphéine, coche toutes les cases du projet qu'on a envie de disséquer.



Le logo comme signature, pas comme star

Première chose qui frappe : ce n'est pas le logotype qui porte l'identité à lui seul.

Le nom Pornichet, qui signifie « petit port niché », a longtemps posé problème par sa proximité avec le nom de la commune voisine « Pornic », et n'a jamais été perçu comme grandiose ou valorisant. Plutôt que de forcer un symbole autour de ce nom compliqué, Graphéine a fait un choix que je trouve très juste : dessiner un logotype sur mesure qui scande le nom en trois lignes et trois syllabes distinctes, superposées et soulignées d'un trait, évoquant les trois temps de la journée : le levé, le midi, le couchant, pour incarner directement le positionnement slow life de la destination.

Concrètement, chaque syllabe devient un petit paysage : le « Por » évoque le soleil couchant sur la baie et la Pierre-Percée suggérée par le « R », le « Ni » renvoie au port de plaisance avec un « N » qui dessine une voile, et « Chet » met en scène l'hippodrome à travers le « H », accompagné des villas Belle Époque de la côte. C'est malin, mais surtout ça reste discret : le logo fonctionne davantage comme une signature qu'on appose que comme une icône qu'on brandit. Le vrai spectacle se trouve ailleurs.


Le blason, la vraie pépite du projet

Pour moi, c'est le traitement du blason héraldique qui impressionne le plus. Pornichet s'était dotée d'un blason dès 1912, pensé pour plaire aux villégiateurs et assurer la notoriété de la ville, rassemblant des attributs emblématiques du territoire comme le dauphin, la Pierre-Percée, le pin maritime ou les épis de faîtage. Plutôt que de le moderniser à la marge, l'agence lui a redonné toute sa lisibilité et en a fait un véritable outil graphique : ce nouveau traitement en fait un ingrédient d'habillage central de la charte graphique, qui joue un rôle d'illustration s'appliquant aussi bien à la signalétique qu'au merchandising. C'est le genre de décision qui distingue un projet de destination réussi d'un simple exercice de logo : donner à la ville un univers illustratif entier plutôt qu'un unique pictogramme.


La Pornichétine, une typo généreuse

Autre gros morceau du dossier : la création typographique maison, baptisée « Pornichétine ». Elle puise son inspiration dans les esthétiques Art Nouveau et Belle Époque que l'on retrouve sur les affiches d'époque et les façades emblématiques de la destination, avec des formes courbes qui évoquent la nature, le vent, les vagues, le vol des mouettes et les voiles du port. La lettre se veut expressive et théâtrale, allant jusqu'à convoquer les figures de Sarah Bernhardt et l'orientalisme des affiches de Mucha.

Difficile de ne pas y voir un air de famille avec la typographie créée pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 : même veine Art Nouveau, mêmes ligatures théâtrales, mêmes clins d'œil à l'esthétique 1900. Mais je pense que c'est moins une filiation directe qu'une convergence logique : les deux typographies puisent dans le même vivier d'inspirations françaises de la Belle Époque, une période qui a marqué autant l'identité de Paris que celle de Pornichet à travers ses villas et ses affiches. Ce n'est donc pas une coïncidence gênante, plutôt la preuve que ce registre visuel reste une ressource riche et pas encore épuisée.

Ce qui me plaît particulièrement dans cette typographie, c'est la multitude d'alternates proposés. C'est un vrai cadeau pour un office de tourisme : au lieu d'un alphabet figé, on obtient une matière vivante qui peut varier d'une affiche à l'autre, d'une campagne à l'autre, tout en restant reconnaissable. C'est exactement le type de richesse qui permet à une identité de rester fraîche sur la durée sans jamais devoir être retouchée.


Le rouge, une rupture bienvenue sur la côte

Dernier point, et pas des moindres : la couleur. La quasi-totalité des identités de villes de bord de mer se rabattent sur un bleu plus ou moins évident — celui de l'eau, du ciel, du drapeau marin. Le choix du rouge pour Pornichet est donc une vraie prise de position, et je trouve que c'est une excellente idée pour se différencier dans un contexte de forte concurrence touristique, la commune de Pornichet, située entre Saint-Nazaire et La Baule-Escoublac, ayant besoin de se différencier et d'affirmer ses singularités.

Ce rouge fait d'ailleurs écho, volontairement ou non, au rouge saisissant de Saint-Nazaire, sa voisine immédiate. Plutôt qu'une gêne, j'y vois une belle cohérence de territoire : deux villes côte à côte qui osent sortir du bleu obligatoire et affirment chacune leur propre teinte forte, sans se copier pour autant.



Une identité qui tient debout

Au final, ce que je retiens de ce projet, c'est sa cohérence d'ensemble : un logo modeste mais malin, un blason remis à l'honneur comme véritable système d'illustration, une typographie sur mesure généreuse en variations, et une couleur qui ose trancher avec les codes du secteur. La signature de la destination, « Vivre Plage à Plage », vient prolonger cet état d'esprit slow life, avec une construction qui renvoie à l'expression « page à page » et un clin d'œil au lien historique entre Pornichet et l'éditeur Flammarion.

C'est le genre d'identité de territoire qu'on a envie de montrer en exemple : rien n'y est gratuit, chaque élément raconte quelque chose de la ville, et l'ensemble forme un système suffisamment riche pour vivre longtemps sans s'essouffler.

Le projet complet est visible sur le portfolio de Graphéine.

 
 
 

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